JULIETTE BOUTILLIER

JULIETTE BOUTILLIER

2006 Le retardataire de Séoul/ bourse sacd


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Extrait :

(…)  Et on retourne dans le vestiaire, on se change, à côté du garage à bateau qui est  en bout du bassin, à 1200m il est côté arrivée. Donc il fallait remonter au départ quoi. Et il me dit « ouais j’ai quand même tiré, je suis un petit mort, il faut qu’on se concentre bien pour le K2 et tout » Et puis on s’allonge parce que il y avait des lits et puis comme à notre habitude, on s’allonge et puis on fait le vide … Si ce n’est qu’on entend la deuxième série de monos C1. On se dit « tiens , c’est la deuxième série de mono C1 qui arrive là ou la troisième ? » «  Oh c’est la deuxième, c’est la deuxième, ça va on a encore le temps… »

Et puis on continue de discuter de la course un petit peu et puis y a des moments on se dit rien et on pense chacun de notre côté. Puis on entend l’appel de la première série K4 – que nous, on croyait la première série K4 et puis on s’est dit « y a pas tout le monde dans cette série là ? Mais il y aurait pas qu’une demi-finale ? » LA PANIQUE. Je dis « bon, je vais chercher le numéro et je regarde en même temps » Fallait deux cartes d’accréditation, j’arrive à la guérite d’accréditation,  je dis « il faut le numéro Untel. A quelle heure c’est la course ? » C’est dans dix minutes !!!! Ah  la folie !!!!

Je cours, je dis « Philippe c’est dans dix minutes… Dix minutes !!!!! On arrive au garage au bateau – notre bateau était sous sa housse – on a dé houssé. Y a Daniel Legras  qu’est arrivé (qu’était athlète) qu’a vu qu’on paniquait complètement qui dit « qu’est ce qui se passe ? » « On court dans sept minutes, maintenant et tout… » Il nous dit « ouai, je prends vos pagaies, filez, filez, filez… »

On fonce, on monte dans le bateau. On prend les pagaies et puis  kchhiiiii, on commence à cartonner, on passe devant l’écran géant. On voit les bateaux de notre course qui arrive pour se mettre dans les startings blocs. Putain on se dit « c’est bon, c’est bon, on va y arriver ». Je dis à Philippe « fous toi en plein milieu du bassin, ils vont nous voir ! » Pis Philippe me dit « non non on va se faire disqualifier parce qu’on a pas le droit d’être dans le plein milieu du bassin ». Puis on continue à monter, on continue à monter.  Pis à 200 mètres, on était à deux cent mètres du départ. POUM. On entend le coup de pistolet…. Et les bateaux qui partent. On continue, nous pchii, pchii, pchii, mais «  c’est pas possible, c’est pas possible ». Je me souviens, j’ai dit peut être cinquante fois «  c’est pas possible, c’est pas possible, c’est pas possible »

On a regardé notre course, « c’est pas possible, c’est pas possible » on a le dossard 4, on est là « c’est pas possible !!  Et voilà, voilà, tout le timing  (…)

 

Note d'intention :

(… ) « Comment imaginer qu’une pareille mésaventure puisse arriver à l’un des meilleurs bateaux du monde ? Boccara et Boucherit étaient venus chercher l’or à Séoul. Comme deux écoliers penauds, ils racontent maintenant, une histoire qui n’a pas fini de hanter leurs nuits » (…)

(La Charente libre 30 09 88)

 

 

 

Dans les années 80, Philippe Boccara et Pascal Boucherit, kayakistes forment dans le milieu sportif un couple exceptionnel, un monstre gémellaire à deux têtes (même âge à quelques jours près, mêmes initiales quant à leur prénom et nom).

Ils décident de s’associer car ils partagent la même vision du sport et se suffisent à eux-mêmes dans une autonomie quasi parfaite . Leur mode de relation conviviale menace parfois la vision masochiste et individualiste du sport de compétition.

En 88, aux Jeux olympiques de Séoul, on les déclare favoris pour le K2 (kayak bi-place). Pourtant, ils arrivent en retard au départ de la course et sont disqualifiés…En effet, rien ne pu rattraper la fuite du temps, « l’absence » dans lesquels une préparation mentale les avait plongée. Devenus indépendants de toute structure fédérative, aucun entraîneur ne se trouvait à côté d’eux pour leur rappeler l’horaire. Et ils eurent beau essayer de remonter seuls la source du temps en ramant à contre-courant vers la ligne du départ, le coup de feu fut donné pour les autres compétiteurs. Les deux retardataires restèrent à quai, contemplant leur désastre et regardant les autres briller…

Ce dernier eut plusieurs conséquences : leur amitié fut abîmée, leur carrière de sportif de haut niveau, attaquée. Ils devinrent le bouc émissaire de la fédération française et la presse en fit son bout de gras. La fédération elle-même subit la conséquence de cet échec en étant obligée de se remanier de l’intérieur…

Ce retard m’intriguait et c’est pourquoi, un an après les jeux, j’avais décidé de les rencontrer et de les interviewer.

 

Une «  musique d’eau » dont le rythme s’emballe et devient fou accompagne la partition des voix qui s’écoule le long d’un temps dilaté, ralenti, accéléré et stoppé.

Pour ce montage aquatique, où la sensation l’emporte sur le sens existent diverses captations d’éléments d’eau  : bruits domestiques (robinets, douches…), bucoliques (mer, rivière, canal…), sportifs (pagaies balayant la surface), caisson de relaxation aquatique.

 

Fiche technique :

2006 Fiction documentaire 

Réalisation : Juliette Boutillier et Maria-Grazia Noce

Prises de son : Juliette Boutillier

Montage et Mixage : Ruelgo

Producteur : ACSR (Atelier de Création Sonore et Radiophonique de Belgique), FACR (Fond Aide à la Création Belgique)

Diffusion en ligne.

 

 



07/03/2014
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